Le prix de l’or est le plus ancien cours du monde, et l’un des plus mal lus. Il n’existe pas « un » prix de l’or, mais une référence fixée deux fois par jour à Londres, un contrat à terme coté presque sans interruption à New York, et des prix au gramme qui en découlent. L’or ne verse ni coupon ni dividende : sa valeur ne se déduit d’aucun flux, elle se négocie. Ceux qui la négocient ont changé — depuis 2022, les banques centrales achètent à un rythme sans équivalent récent — et une relation que l’on croyait établie, celle qui liait l’or aux taux réels, s’est distendue. Ce guide explique où se forme le prix, dans quelle unité, qui achète, ce qui le fait bouger, et six erreurs de lecture.
Où se forme le prix de l’or ?
Deux places font le prix, et elles ne font pas le même. Londres est le marché de l’or physique de gré à gré : des lingots changent de propriétaire dans des coffres, entre banques, raffineurs, banques centrales et fonds. New York, avec le COMEX, est le marché des contrats à terme : on y négocie des engagements de livraison, dont l’immense majorité est dénouée avant l’échéance. Les deux prix se tiennent par arbitrage, à quelques dollars près en temps normal ; ils ne sont ni relevés à la même heure ni établis de la même manière.
L’analogie utile est celle du mètre étalon et de la règle d’écolier. Le LBMA Gold Price est l’étalon : on le consulte deux fois par jour, il fait foi dans les contrats, et l’on ne négocie pas « dessus » en continu. Le contrat du COMEX est la règle que tout le monde a en main : graduée à la seconde, disponible presque jour et nuit, et suffisamment fidèle à l’étalon pour que l’on oublie qu’elle n’est pas lui.
Le LBMA Gold Price : deux enchères par jour
Le prix de référence de Londres est établi par des enchères électroniques administrées par ICE Benchmark Administration, à 10h30 et 15h00, heure de Londres — soit 11h30 et 16h00 à Paris —, qui produisent respectivement le prix « AM » et le prix « PM ». L’enchère se déroule par tours d’une trentaine de secondes : un prix est affiché, les participants déclarent ce qu’ils achètent et vendent à ce prix, et le prix est ajusté jusqu’à ce que l’écart entre offre et demande passe sous un seuil prédéfini. Le prix est fixé en dollars par once troy ; ICE le convertit ensuite en livres sterling et en euros aux taux de change du moment. C’est le prix « PM » qui sert le plus souvent de référence aux statistiques, aux fonds indiciels et aux contrats.
Le contrat à terme du COMEX
Le contrat Gold Futures (symbole GC) porte sur cent onces troy d’or d’un titre minimal de 995 millièmes, coté en dollars et cents par once, avec un échelon de cotation de dix cents. CME Group indique qu’il s’y traite l’équivalent de près de 27 millions d’onces par jour, avec un accès électronique presque continu. La négociation d’une échéance cesse le troisième jour ouvré avant la fin du mois de livraison. Comme pour le pétrole, le « cours de l’or » des écrans est celui de l’échéance la plus traitée, et cette échéance change plusieurs fois par an : l’écart de prix entre deux échéances n’est pas un mouvement de marché.
L’once troy, le gramme, le kilo : l’unité du prix
L’or se cote en onces troy, et l’once troy n’est pas l’once des recettes de cuisine : elle pèse 31,1035 grammes, contre 28,35 grammes pour l’once ordinaire. Un lingot de Londres « bonne livraison » pèse environ 400 onces, soit quelque 12,4 kilogrammes. Passer du cours mondial au prix du gramme en euros demande donc deux divisions : par le taux de change EUR/USD, puis par 31,1035.
| Étape | Calcul | Résultat |
|---|---|---|
| Cours de l’once en dollars | contrat COMEX de décembre 2026, 18 septembre 2026 | 4 424,90 $ |
| Conversion en euros | ÷ 1,1460 (taux de référence BCE du 18 septembre 2026) | ≈ 3 861 € l’once |
| Prix du gramme | ÷ 31,1035 | ≈ 124 € le gramme |
| Prix du kilogramme | × 1 000 | ≈ 124 100 € le kilo |
| Lingot « bonne livraison » | ≈ 400 onces | ≈ 1,54 million d’euros |
Ce tableau rappelle qu’un prix de l’or exprimé en euros est le produit de deux cours : celui du métal en dollars, et celui du dollar en euros. L’or peut monter en dollars et baisser en euros le même jour si le dollar se déprécie davantage — voir notre guide de l’indice dollar et de l’EUR/USD.
Qui achète de l’or ? Ce que mesure le World Gold Council
Le World Gold Council, association des producteurs, publie chaque trimestre Gold Demand Trends, la statistique de référence de la demande et de l’offre. Elle distingue cinq emplois : la bijouterie, les lingots et pièces, les fonds indiciels adossés à de l’or physique, les banques centrales et l’industrie. Leur poids respectif a beaucoup changé en quatre ans.
| Poste | 2e trimestre 2026 | Année 2025 | Remarque |
|---|---|---|---|
| Demande totale (gré à gré inclus) | 1 269 t | plus de 5 000 t, une première | valeur record de 555 milliards de dollars en 2025 |
| Bijouterie | 278 t | 1 542,3 t (−18 %) | au plus bas depuis la pandémie : les prix records pèsent sur les volumes |
| Lingots et pièces | 307 t | 1 374,1 t | plus haut de douze ans en 2025 |
| Fonds indiciels (ETF) | −45 t (sorties) | +801 t | 2025 : deuxième meilleure année de l’histoire |
| Banques centrales | 289 t | 863 t | 1 092,4 t en 2024 ; 345 t au premier semestre 2026 |
| Industrie et technologie | 80 t | — | électronique pour l’essentiel |
| Production minière | 965,6 t | 3 672 t (record) | l’offre répond très lentement aux prix |
| Recyclage | 326,1 t | — | −6 % sur un an au 2e trimestre 2026 |
Trois enseignements. Le premier : l’offre est rigide. La production minière croît d’un à deux pour cent par an quel que soit le prix ; le seul poste d’offre qui réagisse vite est le recyclage. Le deuxième : la bijouterie amortit, l’investissement amplifie — quand le prix monte, les acheteurs de bijoux se retirent et les investisseurs affluent, et inversement. Le troisième : les banques centrales sont devenues un acheteur structurel. Dans l’enquête annuelle du World Gold Council auprès des gestionnaires de réserves, 89 % des répondants s’attendent à une hausse des réserves d’or mondiales dans l’année, et une proportion record de 45 % déclarent vouloir augmenter les leurs. Au premier semestre 2026, la Pologne (82 tonnes) et la Chine (40 tonnes) sont les premiers acheteurs déclarés.
Le stock : tout l’or du monde tient dans un cube de 22,6 mètres
L’or ne se consomme pas. Presque tout ce qui a été extrait existe encore : selon le World Gold Council, le stock hors sol atteint environ 222 600 tonnes à la fin du deuxième trimestre 2026, pour une valeur de l’ordre de 29 000 milliards de dollars — dont 45 % en bijoux, 21 % en lingots et pièces, 18 % dans les banques centrales (environ 39 000 tonnes) et 2 % dans les fonds indiciels. Fondu en un seul bloc, il formerait un cube d’environ 22,6 mètres de côté. Les réserves encore en terre sont estimées à quelque 61 000 tonnes. La conséquence économique est décisive : la production d’une année représente moins de 2 % du stock. Le prix de l’or ne dépend donc presque pas de ce qui sort des mines, et presque entièrement du prix auquel les détenteurs du stock acceptent de s’en séparer.
Ce qui fait bouger le prix de l’or
- Les taux réels. L’or ne rapporte rien ; le détenir coûte ce que l’on renonce à gagner ailleurs. Quand le rendement réel des obligations d’État — le rendement après inflation — monte, ce coût d’opportunité monte. La référence est le rendement réel à dix ans des titres du Trésor américain indexés sur l’inflation, que le Trésor publie chaque jour ; notre guide de la courbe des taux explique d’où il vient.
- Le dollar. L’or est coté en dollars : un dollar plus faible le rend moins cher pour le reste du monde, et soutient la demande. La relation inverse est fréquente, non systématique.
- Les achats officiels. Les banques centrales achètent pour diversifier leurs réserves, non pour le rendement : leur demande est peu sensible au prix et aux taux.
- L’aversion au risque. Dans les épisodes de tension géopolitique ou financière, l’or attire des flux de précaution — par les fonds indiciels en Occident, par les lingots et pièces en Asie.
- L’inflation, mais pas comme on le croit. L’or a protégé du renchérissement des prix sur des décennies, très irrégulièrement sur un an ou deux. C’est l’inflation inattendue, et la défiance envers la monnaie, qui le portent — non le dernier chiffre des indices des prix.
Le point contre-intuitif : des taux réels élevés, et un or cher
Pendant quinze ans, la relation entre l’or et les taux réels américains a été l’une des plus régulières des marchés : quand le rendement réel à dix ans montait, l’or baissait. Elle s’est distendue à partir de 2022. Le 18 septembre 2026, le rendement réel à dix ans publié par le Trésor américain s’établit à 2,68 % — un niveau auquel l’ancienne relation aurait associé un or très inférieur —, et le contrat du COMEX cote 4 424,90 dollars l’once. Ce qui a changé est visible dans le tableau de la demande : un acheteur insensible aux taux, les banques centrales, a absorbé plus de 1 000 tonnes en 2024 et 863 tonnes en 2025. Une corrélation décrit un régime ; quand la population des acheteurs change, le régime change avec elle.
Où en est l’or
Le prix de référence de Londres a atteint un sommet historique de 5 405 dollars l’once en janvier 2026, après 53 records successifs en 2025, année dont la moyenne s’est établie à 3 431 dollars (+44 %). La moyenne du premier trimestre 2026 ressort à 4 873 dollars, celle du deuxième à 4 506,29 dollars — en baisse de 8 % sur le trimestre précédent, en hausse de 37 % sur un an. Le 18 septembre 2026, le contrat de décembre du COMEX termine à 4 424,90 dollars, soit environ 18 % sous le sommet de janvier. Les fonds indiciels ont enregistré des sorties nettes de 45 tonnes au deuxième trimestre, quand les banques centrales achetaient 289 tonnes : les deux principales catégories d’investisseurs n’allaient pas dans le même sens. La prochaine livraison de Gold Demand Trends, pour le troisième trimestre, est à relever au calendrier du World Gold Council.
Comment lire le cours de l’or un matin : la grille
- Quel prix ? LBMA AM ou PM, contrat du COMEX (et quelle échéance), ou cotation au comptant ? Un chiffre d’or sans cette précision est incomplet.
- Quelle devise ? En dollars, l’or dit quelque chose du métal ; en euros, il dit aussi quelque chose du dollar. Séparez les deux effets.
- Quelle heure ? 11h30 et 16h00 à Paris pour les enchères de Londres ; la fin de séance de New York pour le contrat. Deux chiffres différents le même jour ne se contredisent pas.
- Que font les taux réels et le dollar ? Si l’or monte avec eux, cherchez un acheteur que ni l’un ni l’autre n’explique — demande officielle, flux de précaution.
- Que disent les flux ? Les avoirs des fonds indiciels sont publiés chaque jour, les achats des banques centrales chaque mois avec retard, la synthèse chaque trimestre. Le calendrier économique situe les publications qui déplacent les taux, donc l’or.
Six erreurs de lecture
- Croire que l’or suit l’inflation mois après mois. Sur quelques trimestres, il suit bien davantage les taux réels, le dollar et les flux officiels que le dernier indice des prix.
- Confondre l’once troy et l’once ordinaire. 31,1035 grammes contre 28,35 : près de 10 % d’écart, qui suffit à fausser tout calcul de prix au gramme.
- Prendre un changement d’échéance pour un mouvement. Quand le contrat de référence passe d’un mois de livraison au suivant, le cours affiché change de quelques dollars à quelques dizaines de dollars sans qu’aucune once n’ait changé de prix.
- Lire le prix en euros comme une information sur l’or. C’est le produit de deux cours ; une moitié du mouvement peut venir du change.
- Supposer que « valeur refuge » veut dire « ne baisse pas ». L’or a perdu 8 % en moyenne trimestrielle entre le premier et le deuxième trimestre 2026, et se situe environ 18 % sous son sommet de janvier. Dans une crise de liquidité, il est souvent vendu avec le reste, parce qu’il est ce qui se vend le plus aisément.
- Penser que la production fait le prix. Elle ajoute moins de 2 % par an à un stock qui ne disparaît jamais. Ce sont les détenteurs du stock, non les mineurs, qui font le prix à la marge.
Comment SPECULA cite l’or
Dans La Note Sentinelle, l’or est cité par son contrat à terme, avec sa date, et sans le mot « clôture » : la note écrit « dernière cotation relevée à la clôture des marchés américains », parce qu’un contrat qui cote presque sans interruption n’a pas de clôture au sens d’une action. Quand le contrat de référence change d’échéance, la note le déclare et s’abstient de publier une variation qui mesurerait un changement de contrat plutôt qu’un mouvement de marché. Notre méthode décrit ces règles. De l’information, jamais un conseil en investissement.
Questions fréquentes sur le prix de l’or
Le prix de référence mondial, le LBMA Gold Price, est établi deux fois par jour à Londres par des enchères électroniques administrées par ICE Benchmark Administration, à 10h30 et 15h00 heure de Londres, soit 11h30 et 16h00 à Paris. Il est fixé en dollars par once troy puis converti en livres et en euros. En parallèle, le contrat à terme du COMEX, à New York, cote presque en continu : c’est lui que montrent la plupart des écrans. Les deux prix restent proches par arbitrage.
L’or se cote en onces troy, et une once troy pèse 31,1035 grammes, contre 28,35 grammes pour l’once ordinaire utilisée dans la vie courante aux États-Unis. Pour obtenir le prix du gramme en euros, on divise le cours de l’once en dollars par le taux de change EUR/USD, puis par 31,1035. Un lingot de Londres dit « bonne livraison » pèse environ 400 onces troy, soit quelque 12,4 kilogrammes.
Pour diversifier leurs réserves de change, se prémunir contre les risques géopolitiques et détenir un actif qui n’est la dette de personne. Selon le World Gold Council, elles ont acheté 1 092,4 tonnes en 2024, 863 tonnes en 2025 et 345 tonnes au premier semestre 2026. Dans son enquête auprès des gestionnaires de réserves, 89 % des répondants s’attendent à une hausse des réserves d’or mondiales dans l’année, et une proportion record de 45 % disent vouloir augmenter les leurs.
L’or ne verse aucun revenu : le détenir coûte le rendement auquel on renonce. Quand le rendement réel des obligations d’État, c’est-à-dire après inflation, augmente, ce coût d’opportunité augmente, ce qui a longtemps pesé sur le prix de l’or. Cette relation s’est distendue depuis 2022 : le 18 septembre 2026, le rendement réel américain à dix ans est de 2,68 % et l’once cote plus de 4 400 dollars, la demande des banques centrales étant peu sensible aux taux.
Selon le World Gold Council, environ 222 600 tonnes d’or ont été extraites et existent encore à la fin du deuxième trimestre 2026, soit un cube d’environ 22,6 mètres de côté. Environ 45 % se trouvent sous forme de bijoux, 21 % en lingots et pièces, 18 % dans les réserves des banques centrales et 2 % dans les fonds indiciels. La production minière annuelle, 3 672 tonnes en 2025, représente moins de 2 % de ce stock.
Pour aller plus loin
- Pétrole Brent et WTI : comprendre les prix du baril — l’autre grande matière première cotée par contrats à terme, et ce que change une échéance.
- Indice dollar (DXY) et EUR/USD : comment les lire — la moitié d’un prix de l’or en euros est un taux de change.
- Ce matin dans La Note Sentinelle — l’or de la veille parmi les repères de la séance ; le guide des taux directeurs pour le contexte monétaire.
- Cours du cuivre : lire le métal de la conjoncture — l’autre métal que suivent les marchés : où se forme son cours (LME, COMEX), en dollars par tonne ou par livre, et ce qui le fait bouger.
- Cours du bitcoin : comment le lire sans le subir — l’actif numérique souvent rapproché de l’or : un cours sans clôture ni place unique, le prix de référence CME CF, et ce que montre la comparaison des deux.
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Rédaction SPECULA — responsable de la publication : Didier Dambreville, fondateur (ARSCRIPTA SAS). Cet article est produit par la chaîne éditoriale de SPECULA : faits collectés, datés et sourcés ; cotations relevées à la source et recalculées ; rédaction assistée par intelligence artificielle ; vérification déterministe de chaque chiffre avant publication. De l’information, jamais un conseil en investissement.
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