L’indice dollar est cité chaque jour comme « la valeur du dollar ». C’est un raccourci. L’indice que les écrans nomment DXY mesure le dollar contre six devises seulement, choisies en 1973, et l’euro y pèse à lui seul 57,6 % : quand le DXY bouge, c’est d’abord l’EUR/USD qui a bougé, vu dans un miroir. Ce guide explique comment l’indice est construit et calculé, ce qu’il laisse hors champ — le yuan, le peso mexicain, le won —, en quoi l’indice large de la Réserve fédérale raconte une autre histoire, comment se lit une cotation EUR/USD, ce qu’est le taux de référence de la BCE, ce qui fait bouger une devise, et six erreurs de lecture que l’on rencontre chaque semaine.
Qu’est-ce que l’indice dollar ?
L’U.S. Dollar Index — USDX pour son émetteur, DXY sur la plupart des écrans — est un indice calculé et diffusé par ICE Futures U.S., qui cote des contrats à terme sur cet indice depuis 1985. Sa définition tient en une ligne : une moyenne géométrique pondérée du dollar contre six devises, rapportée à une base 100 en mars 1973, le mois où les grandes monnaies ont commencé à flotter librement après la fin du système de Bretton Woods. Un indice à 100 signifie que le dollar vaut, contre ce panier, ce qu’il valait en mars 1973 ; à 110, qu’il s’est apprécié de 10 % ; à 90, qu’il a perdu 10 %.
L’analogie utile est celle d’une photographie de famille prise en 1973 et jamais refaite. On y reconnaît les partenaires commerciaux des États-Unis de l’époque : l’Europe occidentale, le Japon, le Canada, la Suède, la Suisse. N’y figurent ni la Chine, ni le Mexique, ni la Corée, qui comptent aujourd’hui parmi les premiers. ICE le dit sans détour : l’indice n’a été ajusté qu’une seule fois, à la création de l’euro, et ne fait l’objet d’aucun rééquilibrage périodique.
La composition du DXY : six devises, un poids dominant
| Devise | Poids dans l’indice | Cotation utilisée | Exposant dans la formule |
|---|---|---|---|
| Euro (EUR) | 57,6 % | EUR/USD | −0,576 |
| Yen japonais (JPY) | 13,6 % | USD/JPY | +0,136 |
| Livre sterling (GBP) | 11,9 % | GBP/USD | −0,119 |
| Dollar canadien (CAD) | 9,1 % | USD/CAD | +0,091 |
| Couronne suédoise (SEK) | 4,2 % | USD/SEK | +0,042 |
| Franc suisse (CHF) | 3,6 % | USD/CHF | +0,036 |
À l’origine, le panier comptait dix devises : les cinq qui y figurent encore hors euro, plus le mark allemand, le franc français, la lire italienne, le florin néerlandais et le franc belge. L’euro a remplacé ces cinq dernières, et hérité de la somme de leurs poids. C’est ce qui explique un chiffre qui surprend toujours : plus de la moitié de « l’indice dollar » est un taux de change unique.
Comment le DXY est calculé
La formule publiée par ICE est la suivante : USDX = 50,14348112 × EUR/USD−0,576 × USD/JPY0,136 × GBP/USD−0,119 × USD/CAD0,091 × USD/SEK0,042 × USD/CHF0,036. La constante ramène l’ensemble à 100 en mars 1973. L’indice est recalculé en temps réel, environ toutes les quinze secondes, à partir des cours au comptant des six paires. Conséquence arithmétique directe : une hausse de 1 % de l’EUR/USD, toutes choses égales par ailleurs, fait baisser l’indice d’environ 0,57 % ; une hausse de 1 % de l’USD/JPY le fait monter d’environ 0,14 %. Pour déplacer le DXY autant que l’euro, le yen devrait bouger quatre fois plus.
Ce que le DXY ne mesure pas : l’indice large de la Réserve fédérale
La Réserve fédérale publie ses propres mesures, et elles répondent à une autre question : non pas « que vaut le dollar contre six monnaies historiques ? », mais « que vaut-il contre les monnaies des pays avec lesquels les États-Unis commercent vraiment ? ». L’indice large (Nominal Broad U.S. Dollar Index) couvre 26 économies — celles dont le commerce bilatéral avec les États-Unis représente au moins 0,5 % du total —, pondérées par les échanges de biens et de services, avec des poids mis à jour chaque année. Il se décline en deux sous-indices : économies avancées (7 monnaies) et économies émergentes (19 monnaies). Sa base est 100 en janvier 2006.
| Indice dollar ICE (DXY) | Indice large de la Réserve fédérale | |
|---|---|---|
| Émetteur | ICE Futures U.S. | Board of Governors (publication H.10) |
| Monnaies | 6 | 26 |
| Poids de la zone euro | 57,6 % | 18,6 % (pondérations 2017 citées par la Fed) |
| Poids de la Chine | 0 % | 16,2 % (pondérations 2017 citées par la Fed) |
| Pondération | fixe depuis 1973, ajustée une fois (euro) | commerce de biens et de services, révisée chaque année |
| Base | mars 1973 = 100 | janvier 2006 = 100 |
| Fréquence | temps réel, environ toutes les 15 secondes | quotidienne |
| Dernier niveau relevé | 100,22 (18 septembre 2026, clôture de New York) | 118,21 (11 septembre 2026) |
Les deux indices peuvent diverger, et c’est leur divergence qui instruit. Un dollar qui monte contre l’euro et le yen mais recule contre le peso mexicain et le yuan fera monter le DXY sans que l’indice large suive. Pour une entreprise américaine qui vend au Mexique et achète en Chine, c’est le second qui décrit sa réalité. Le DXY reste le repère des marchés parce qu’il est coté en continu, qu’il porte des contrats à terme, et que sa formule n’a pas changé depuis un demi-siècle : on sait toujours de quoi l’on parle.
Lire l’EUR/USD : la cotation, et ce qu’elle veut dire
EUR/USD à 1,1460 signifie qu’un euro vaut 1,1460 dollar. La première devise est la devise de base, la seconde la devise de cotation. Quand le chiffre monte, l’euro s’apprécie et le dollar se déprécie ; quand il baisse, l’inverse. L’usage des marchés veut que l’euro, la livre, le dollar australien et le dollar néo-zélandais soient cotés ainsi, en dollars par unité ; le yen, le franc suisse et le dollar canadien sont cotés à l’envers, en unités par dollar — d’où les signes opposés dans la formule du DXY. Un USD/JPY qui monte, c’est un dollar qui monte ; un EUR/USD qui monte, c’est un dollar qui baisse. La moitié des contresens de la presse sur les devises vient de là.
Les variations se comptent en pips, la quatrième décimale : de 1,1460 à 1,1481, l’euro a gagné 21 pips, soit 0,18 %. C’est peu en apparence ; c’est beaucoup sur la paire la plus traitée du monde. Selon l’enquête triennale de la Banque des règlements internationaux, le marché des changes a traité 9 600 milliards de dollars par jour en avril 2025 ; le dollar figurait dans 89,2 % des transactions, l’euro dans 28,9 %, et la seule paire dollar–euro représentait 21,2 % du total, soit environ 2 033 milliards de dollars par jour.
Le taux de référence de la BCE : un repère, non un prix de transaction
Une paire de devises se traite vingt-quatre heures sur vingt-quatre, du dimanche soir à Sydney au vendredi 17h00 à New York. Elle n’a donc pas de clôture officielle. Deux conventions en tiennent lieu. La première est le relevé de 17h00 à New York, que les fournisseurs de données retiennent comme fin de journée. La seconde, en Europe, est le taux de référence de la BCE : il repose sur une concertation quotidienne entre banques centrales européennes, qui a lieu vers 14h10, heure de Francfort et de Paris, et il est publié vers 16h00 chaque jour ouvré. La BCE précise qu’il est publié à titre d’information seulement et invite expressément à ne pas s’en servir pour des transactions. C’est néanmoins lui que retiennent la comptabilité, la fiscalité et nombre de contrats.
La conséquence pratique est qu’un même jour porte plusieurs « cours de l’euro », tous exacts. Le 18 septembre 2026, le taux de référence de la BCE s’établit à 1,1460 ; le relevé de la clôture de New York, quelques heures plus tard, n’a aucune raison de lui être identique. Un chiffre de change ne vaut que par l’heure à laquelle il a été relevé.
Où en sont le dollar et l’euro
Au 18 septembre 2026, l’indice dollar ICE s’établit à 100,22 à la clôture de New York — presque exactement sa base de mars 1973 — et le taux de référence de la BCE à 1,1460 dollar pour un euro, contre 1,1481 la veille. Sur l’année 2026, ce taux de référence a évolué entre un plus bas de 1,1340 le 24 juin et un plus haut de 1,1699 le 21 août : une amplitude d’un peu plus de 3 % entre les deux extrêmes. L’indice large de la Réserve fédérale valait 118,21 le 11 septembre. Côté politique monétaire, la fourchette des fed funds est de 3,75 %–4,00 % depuis le 17 septembre, et le taux de la facilité de dépôt de la BCE de 2,50 % depuis le 16 septembre : l’écart de rémunération à court terme entre les deux monnaies est de 1,25 à 1,50 point. Notre guide des taux directeurs tient ces niveaux à jour.
Ce qui fait bouger une devise
- Le différentiel de taux. Une monnaie mieux rémunérée attire les capitaux, toutes choses égales par ailleurs. Ce qui compte n’est pas le niveau des taux mais l’écart entre deux zones, et surtout la révision de cet écart : une décision attendue ne déplace rien, une surprise déplace beaucoup. La courbe des taux en donne la mesure à chaque échéance.
- La croissance relative. Des indices PMI plus vigoureux d’un côté de l’Atlantique que de l’autre déplacent l’EUR/USD dans la minute : le même matin, les flash de la zone euro et des États-Unis se comparent directement.
- L’aversion au risque. Le dollar sert de monnaie de financement et de refuge : dans les épisodes de tension, il s’apprécie souvent alors même que l’origine du choc est américaine. C’est l’une des corrélations les plus régulières, et l’une des moins intuitives.
- Les termes de l’échange. Le prix de l’énergie pèse sur les monnaies des importateurs nets. La zone euro et le Japon paient leur pétrole en dollars ; un baril plus cher est, mécaniquement, une demande de dollars.
- Les flux officiels. Interventions de change, gestion des réserves des banques centrales, achats d’or en diversification : des mouvements lents, massifs, qui ne répondent à aucune publication.
Aucun de ces facteurs n’agit seul, et leur hiérarchie change avec le régime de marché. Le même différentiel de taux qui explique tout pendant six mois n’explique plus rien le jour où l’aversion au risque prend le dessus. C’est la raison pour laquelle une variation de change se décrit, avec sa date et son heure, avant de s’expliquer.
Comment lire le dollar un matin : la grille
- Quel dollar ? DXY, indice large, ou une paire précise ? « Le dollar monte » n’est une information que si l’on dit contre quoi.
- Le sens de la cotation. EUR/USD en hausse : dollar en baisse. USD/JPY en hausse : dollar en hausse. Vérifiez toujours avant de conclure.
- L’heure du relevé. Taux de référence de la BCE (vers 14h10, publié vers 16h00), clôture de New York (17h00 sur place, 23h00 à Paris), ou cotation de l’instant ? Trois chiffres différents, tous justes.
- La part de l’euro. Si le DXY a bougé de 0,6 %, regardez l’EUR/USD : dans la plupart des cas, il a bougé d’environ 1 % en sens inverse, et il n’y a pas d’autre nouvelle.
- Le contexte de taux. Rapprochez le mouvement des rendements à deux ans des deux côtés, et du calendrier : décision de banque centrale, inflation, emploi. Le calendrier économique dit ce qui était attendu ce jour-là.
Six erreurs de lecture
- Prendre le DXY pour « le dollar ». Il ne contient ni le yuan, ni le peso mexicain, ni le won, ni la roupie. C’est un indice du dollar contre l’Europe, le Japon et le Canada.
- Lire deux fois la même nouvelle. « L’euro recule et l’indice dollar progresse » décrit, à 57,6 %, un seul et même mouvement.
- Se tromper de sens. « L’USD/JPY monte à 156 » signifie que le yen baisse. « L’EUR/USD monte à 1,16 » signifie que l’euro monte.
- Parler de « clôture » pour une devise. Le marché ne ferme qu’en fin de semaine ; tout cours de fin de journée est une convention de relevé, qui doit être nommée.
- Comparer des niveaux d’indices différents. 100 pour le DXY et 118 pour l’indice large ne disent pas que l’un est plus « fort » que l’autre : ils n’ont ni la même base ni le même panier.
- Expliquer chaque mouvement par une seule cause. Une variation de 0,2 % sur une paire qui traite 2 000 milliards de dollars par jour n’a, le plus souvent, pas d’explication unique — et n’en réclame pas.
Comment SPECULA cite le dollar et l’euro
Dans La Note Sentinelle, l’indice dollar et l’EUR/USD ne portent jamais le mot « clôture » : la note écrit « dernière cotation relevée à la clôture des marchés américains », parce que c’est ce que la donnée est. Chaque niveau porte sa date ; chaque variation dit sur quelle fenêtre elle est mesurée ; et lorsque la cotation a sensiblement bougé entre le relevé et l’envoi de la note, celle-ci le déclare au lieu de le taire. Notre méthode décrit ces règles. De l’information, jamais un conseil en investissement.
Questions fréquentes sur l’indice dollar et l’EUR/USD
L’indice dollar, ou U.S. Dollar Index, est une moyenne géométrique pondérée de la valeur du dollar contre six devises : euro (57,6 %), yen (13,6 %), livre sterling (11,9 %), dollar canadien (9,1 %), couronne suédoise (4,2 %) et franc suisse (3,6 %). Il est calculé par ICE Futures U.S., en temps réel, environ toutes les quinze secondes, avec une base 100 en mars 1973. Un niveau de 100 signifie que le dollar vaut, contre ce panier, ce qu’il valait à cette date.
Parce que le panier a été fixé en 1973 et n’a été modifié qu’une fois. Il comptait alors dix devises, dont le mark allemand, le franc français, la lire italienne, le florin néerlandais et le franc belge. À la création de l’euro, celui-ci a remplacé ces cinq monnaies et repris la somme de leurs poids, soit 57,6 %. ICE ne procède à aucun rééquilibrage périodique : c’est pourquoi le yuan chinois ou le peso mexicain n’y figurent pas.
Qu’un euro vaut 1,15 dollar. L’euro est la devise de base, le dollar la devise de cotation. Si le cours monte à 1,16, l’euro s’est apprécié d’environ 0,9 % contre le dollar ; s’il descend à 1,14, il s’est déprécié d’autant. Les variations fines se comptent en pips, la quatrième décimale : de 1,1500 à 1,1525, l’euro gagne 25 pips. Le yen, lui, est coté à l’envers, en yens par dollar.
Le taux de référence repose sur une concertation quotidienne entre banques centrales européennes qui a lieu vers 14h10, heure de Francfort et de Paris, et il est publié vers 16h00 chaque jour ouvré, hors jours de fermeture du système TARGET. La BCE précise que ces taux sont publiés à titre d’information et invite expressément à ne pas les utiliser pour des transactions. Ils servent néanmoins de repère comptable, fiscal et contractuel.
Le DXY d’ICE mesure le dollar contre six devises à poids fixes depuis 1973. L’indice large de la Réserve fédérale couvre 26 économies, pondérées par leur commerce de biens et de services avec les États-Unis, avec des poids révisés chaque année et une base 100 en janvier 2006. La Chine et le Mexique y pèsent lourd ; ils sont absents du DXY. Les deux indices peuvent évoluer différemment, et leurs niveaux ne sont pas comparables.
Pour aller plus loin
- Taux directeurs : comment la Fed et la BCE décident — le différentiel de taux, premier moteur de l’EUR/USD.
- Corrélation entre actifs : comment la lire — le dollar face aux actions, aux taux et aux matières premières, mesuré sur quatre fenêtres.
- Ce matin dans La Note Sentinelle — l’indice dollar et l’EUR/USD de la veille, datés et sourcés.
- Yen : lire l’USD/JPY, le portage et les interventions — l’autre grande devise des marchés face au dollar : le sens de la cotation USD/JPY, l’écart de taux avec la Banque du Japon, le portage, et les interventions publiées par le ministère des Finances.
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Rédaction SPECULA — responsable de la publication : Didier Dambreville, fondateur (ARSCRIPTA SAS). Cet article est produit par la chaîne éditoriale de SPECULA : faits collectés, datés et sourcés ; cotations relevées à la source et recalculées ; rédaction assistée par intelligence artificielle ; vérification déterministe de chaque chiffre avant publication. De l’information, jamais un conseil en investissement.
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